Lift07 en français

9 février 2007

Fabien Girardin : comprendre la réalité bordélique du monde

Filed under: LIFT07 — Hubert Guillaud @ 2:30

Fabien Girardin par Guido van NispenFabien Girardin, doctorant à l’université Pompeu Fabra, à Barcelone (Espagne), a commis, à mon sens, la présentation la plus stimulante de ces deux jours.

Alors que se profile l’informatique ambiante, qu’on nous promet des systèmes sans fils, invisibles, sans coutures, fluides, proactifs, invisibles et « calmes »… Force est de constater que la réalité n’est pas aussi tranquille. L' »intelligence ambiante » n’est ni intelligente, ni ambiante…

babel.jpgLes nuages de connectivité n’existent pas souvent (les réseaux sans fils tombent, il faut souvent avoir les codes d’accès via un mail ou un bout de papier) et l’accès à la connection ambiante n’est pas forcément aussi évidente qu’on nous la promet. Les portes automatiques ont souvent tendance à se refermer sur vous et ne réagissent pas toujours de la manière dont les utilisateurs le voudraient. Tous les jours, nous sommes confrontés à des interactions réelles imparfaites avec les technologies et les infrastructures qui les supportent.

En regardant avec une belle lucidité le monde tel qu’il fonctionne, on regardant ce qui compose les détails de notre vie quotidienne, Fabien Girardin pointe du doigt la réalité créative, sociale, désordonnée et contradictoire qu’évoquait il y a peu Daniel Kaplan.

Alors où est le problème ? Est-ce trop complexe à implémenter ?

feuvert.jpgNous vivons dans un monde désordonné. Pourquoi ? Parce que nos infrastructures tombent en panne, se cassent, se volent, se dégradent, s’usent, sont vandalisées, on besoin d’être remplacées, d’être réglées, entretenues… Elles sont hétérogènes et nécessitent des adaptateurs pour fonctionner, se connecter les unes aux autres (adaptateur de prises électriques, démultiplication des télécommandes…). Elles ressemblent surtout à des tours de Babel technologiques. Les questions de propriété, de droits d’accès, sont essentielles et non-triviales : c’est-à-dire par exemple qu’on n’a pas toujours accès à une prise électrique ou qu’on cadenasse nos vélos sur le domaine public. Sans compter qu’il faut encore ajouter les particularités culturelles, les choses qui nous semblent à l’envers parce que la culture où elles s’expriment n’est pas la même que la nôtre, comme le montre souvent le regard de Jan Chipchase. Ce qui est « calme », acceptable, fluide, peut varier d’une culture à une autre.

Et puis nous sommes imprévisibles, ou en tout cas, la masse des individus, contextes, actions, produira toujours des situations imprévisibles : on développe des applications en essayant de penser à des contextes d’utilisation et la surprise est toujours là, possible, tangente. L’ensemble produit un « nuage d’incertitudes » : que capte le capteur ? Que signifient les données captées ? Que doit-on en inférer ?…

Pour mieux appréhender l’informatique omniprésente, il faudra peut-être proposer de nouvelles approches, faire apparaître les balafres plutôt que de faire disparaître l’informatique. « Couturer la conception » (seamful design). Ne plus cacher les machines, mais au contraire, rendre les limites, les frontières, les incertitudes visibles.

consigne.jpgManifester ce que l’on croyait pouvoir rendre invisible. Montrer plutôt que cacher l’informatique ambiante. On peut ainsi montrer les zones qu’une infrastructure Wi-Fi couvre ou non, pour permettre aux gens de jouer avec ces limites. On indique aux gens où ils sont filmés ou où ils ne le sont pas. Une porte automatique montre dans quel sens elle s’ouvre.

Nous aimons jouer avec le bruit et le désordre, c’est ce qui nous permet le plus souvent d’avoir la main sur notre environnement. La technologie visible fait de ses utilisateurs des acteurs. Les utilisateurs doivent pouvoir être acteurs et pas seulement des récepteurs passifs des technologies qui vont les envahir. Ils doivent pouvoir les configurer. Et d’évoquer le rôle d’un Design pour l’appropriation afin que nous puissions co-créer la technologie.

En définitive, « la seamlessness » (la capacité d’un système d’être sans couture) est une exception : le désordre et les limites sont structurelles, et il faut prendre cela en considération dans le design, pour ne pas reproduire les erreurs du passé de l’intelligence ambiante.

Sans compter qu’il nous faut aussi nous poser la question de savoir si nous voulons vraiment vivre dans un monde de technologies « calmes », lisses, où tout est invisible voire aseptisé. Là, je pense que nous apporterons tous la même réponse…

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2 commentaires »

  1. En parlant de vélib’, vous n’abordez pas la question des données accidents de vélo. Les 25 millions de trajets supplémentaires ont occasionné environ 200 accidents de plus à Paris. La Préfecture de police en a profité pour fustiger le comportement des cyclistes, se référant uniquement au code de la route , ignorant les mécanismes d’un accident.

    Les médias ont évidemment repris ces analyses sans avoir accès aux données réelles (je les relève depuis 2001). Pourquoi les cyclistes n’y ont pas accès ? Parce que le système de recueil est émietté, entre différents acteurs institutionnels mais aussi par la pression des lobbies et le manque de moyens de l’expertise participante (OFFNER, 2004).

    Bravo pour votre tentative !

    Commentaire par Solviche — 27 octobre 2008 @ 12:00

  2. Je viens de publier un billet très proche sur l’envers du monde

    Commentaire par jean paul galibert — 13 septembre 2011 @ 3:18


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