Actuellement chercheur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, Frédéric Kaplan a passé près de 10 ans au Sony Computer Lab de Paris, où il travaillait notamment sur les interactions entre les humains et les robots.
En 2006, Microsoft a annoncé son entrée dans la robotique alors que Sony a interrompu la production du chien Aibo.
Introduit en 1992, l’Aibo était un robot sans utilité aucune, ce qui signifie qu’il lui fallait trouver sa propre valeur. Il s’est alors enrichi de capteurs (caméra, accéléromètre, toucher, température, distance, son…) et de capacités de reconnaissance. La question clé était celle de l’interaction entre les robots et les gens – au sens d’une “intersection de mondes”, d’une reconnaissance mutuelle, et pas seulement d’une réponse à des commandes.
Mais cela ne peut pas suffire dans le long terme. Il y a une “trajectoire” dans cette relation, qui implique notamment que le robot puisse apprendre, puisse modifier son comportement. Ce qui n’est pas simple bien sûr, mais l’important est que le processus d’apprentissage compose, dans la relation avec son possesseur, une trajectoire unique qui fait que le robot, production industrielle de série, devient unique. L’approche est la même pour les blogs produits par l’Aibo, introduits un peu plus tard.
L’inconvénient de cette approche est qu’elle exige beaucoup du possesseur du robot. Une autre étape a consisté à programmer le robot avec un “algorithme de curiosité” pour qu’il expérimente des actions sensori-motrice un peu au hasard, en mesurer l’effet (j’avance, je tourne…) et les enregistrer lorsque les conséquences paraissent intéressantes.
Une étape encore ultérieure a consisté à faire interagir avec d’autres objets ou outils adaptés à sa morphologie, mais qui ne prescrivent pas un usage précis : une “bicyclette” par exemple. Dans d’autres cas, on a habillé le robot d’une combinaison étanche avant de le placer dans l’eau, pour qu’il y apprenne d’autres mouvements auxquels il n’avait nullement été préparé.
Toutes ces technologies d’apprentissage peuvent s’appliquer ailleurs qu’en robotique. Elles se fondent sur :
• La présence
• L’enregistrement d’une histoire
• L’utilisation de cette histoire pour construire des prédictions (usage de l’intelligence artificielle),
• Enrichies par un “système de valeurs” (telle conséquence est positive ou non),
• Ce qui permet d’accéder à l’autonomie : faire des choix pour obtenir le “meilleur” résultat
Ou pour le dire autrement : tout objet peut devenir un robot ! Un PC, un mobile, un livre, un meuble… Faut-il qu’ils deviennent des robots ? C’est une autre question…
Cette recherche ne porte pas sur les technologies “calmes” mais plutôt sur les technologies “épicées” (“chili technologies”), celles qui se voient, qui s’affirment, qui surprennent. A chacun(e) d’entre nous de choisir celle qui fait sens pour lui/elle.
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